Un tissu vient de faire le tour du monde. Le 5 juin 2026, l’équipe nationale de Côte d’Ivoire a posé pour sa photo officielle du Mondial vêtue du tissu traditionnel des Éléphants : le tapa, aussi appelé glôkô. L’image de ce pagne d’écorce ancestral a fait sensation. Mais ce tissu n’a pas attendu une Coupe du Monde pour exister. Depuis des siècles, il habille le quotidien, les cérémonies, les rites, la mémoire d’un peuple entier. Voici son histoire.
Un tissu qui ne vient pas d’un métier à tisser
La plupart des pagnes africains naissent d’un fil. Le glôkô, lui, naît d’un arbre: Antiaris toxicaria (appelé localement Glôko). Chez les Bétés du centre-ouest ivoirien, notamment dans la région de Daloa, ce pagne traditionnel porte le nom de glôkô. D’autres l’appellent tapa. Les deux mots désignent la même étoffe : une écorce d’arbre transformée en tissu, sans aucun fil, sans aucun métier à tisser.
Résultat : un matériau brut, vivant, profondément lié à la terre qui l’a produit.
La fabrication : un rituel à part entière
Fabriquer le tissu traditionnel magnifié par les Eléphants au mondial, prend du temps. Et ce temps fait partie de sa valeur.

Le processus suit plusieurs étapes précises. D’abord, l’abattage de l’arbre. Ensuite, l’extraction de l’écorce. Puis viennent les frappes répétées sur cette écorce, jusqu’à ce qu’elle devienne souple. Enfin, le séchage au soleil donne au tissu sa texture finale.
C’est d’ailleurs de ce geste que vient le nom « tapa » : le tissu naît littéralement de coups répétés, de tapes successives et longues sur l’écorce.
Une fois séché, le glôkô peut être teint. Sa couleur naturelle reste néanmoins emblématique : un kaki clair, uni, presque minéral.
Chaque pagne porte donc, dans sa texture même, la trace du geste qui l’a créé.
Un tissu réservé aux grands moments
Aujourd’hui, personne ne porte de glôkô pour aller travailler. Et c’est précisément ce qui en fait un trésor. Autrefois, les ancêtres bétés le portaient au quotidien. Mais avec le temps, l’arrivée d’autres textiles et la disponibilité de l’écorce, le glôkô s’est fait rare. Cette rareté lui a donné une nouvelle place : celle des grandes occasions.

Mariages traditionnels, cérémonies culturelles, défilés célébrant l’identité bété ou ivoirienne, le glôkô y occupe une place d’honneur. Le porter, ce n’est jamais un hasard. C’est un choix et une déclaration de son idetité, de sa fierté.
Pourquoi le tissu traditionnel des Eléphants a autant de sens aujourd’hui
Le glôkô traverse les siècles sans avoir besoin d’être modernisé pour impressionner. Sa force tient justement à sa simplicité brute : une écorce, un geste, une couleur. Et quand il épouse la vision de créateurs africains talentueux, le tapa fascine, jusqu’à habiller l’équipe nationale sur la scène la plus regardée du monde sportif.
Cette résonance n’a rien d’un hasard. Elle révèle une vérité plus large sur le patrimoine textile africain : son authenticité parle d’elle-même. Pas besoin de le réinventer. Il suffit de la montrer.
Le glôkô, une mémoire derrière le tissu traditionnel des Éléphants
Un tissu peut raconter une histoire sans dire un mot. Le glôkô en est l’exemple parfait.

Chaque pagne porte en lui le bruit des frappes sur l’écorce, le temps du séchage au soleil, et des générations de mains qui ont répété ce geste avant nous.
Le moment du Mondial 2026 a offert au glôkô une vitrine mondiale. Mais sa vraie valeur, elle, ne dépend d’aucune scène.
Elle est là, depuis toujours, tissée, ou plutôt frappée, dans la mémoire ivoirienne et africaine.
Pélagie BLEWUSSI
